C'était une petite bourgade,calme...très calme;on avait emménagé au début des vacances d'été;papa nous avait déniché une très vieille maison,dont les propriétaires ,très âgés,venaient de décéder;elle était très sale,lugubre(les murs de la cuisine-salle à manger-salon-salle de bain,étaient peints en marron foncé(quelle idée!!);en entrant,maman qui était enceinte de son 4ème enfant ne put s'empêcher de pleurer de tristesse et de découragement;la voisine,une femme d'une soixantaine d'années,se tenait à la porte pour nous accueillir;elle dit « et vous savez,avec ma soeur,on a déjà nettoyé! » Qu'est-ce que ça devait être!!!
Les meubles furent relativement vite installés,car on n'en avait pas beaucoup;papa commença son nouveau travail le lendemain,et maman durant les jours qui suivirent,lessiva à fond les murs et les portes,et les recouvrit d'une peinture plus claire,afin de donner un semblant de gaîté à cette masure!Du haut de mes 10 ans,j'aidais comme je pouvais;pour commencer je m'occupais de mes 2 jeunes frères,alors âgés de 6 et 3 ans.
Il n'y avait pas d'eau courante,on allait en chercher dans le puits de la voisine;comme elle avait des vaches,elle nous donnait du lait et du beurre;c'était délicieux!C'est drôle car en été le beurre avait une jolie couleur jaune,alors qu'en hiver il était blanc;la voisine nous donna l'explication :l'été,les vaches paissaient dans le pâturage où l'herbe était bien verte,alors que l'hiver elles étaient à l'étable et broutaient du foin!Puis un jour maman partit à l'hôpital où elle perdit l'enfant qu'elle attendait;le foetus était mort depuis 3 mois dans son ventre!Elle fit une grosse infection et les médecins prirent sa fièvre pour une grippe.N'empêche qu'elle faillit mourir et resta presqu'un mois hospitalisée;j'avais eu très peur,car on ne m'expliquait pas grand-chose et je ne comprenais pas l'absence de maman;enfin elle rentra à la maison,très faible,certes,mais en vie!!;quelques mois plus tard elle tomba enceinte de mon dernier frère,et cette fois mena sa grossesse jusqu'au bout;la naissance eut lieu à la maison;Jean-Marie pesait 5 kg.Je venais d'avoir 12 ans et j'étais fière le lendemain d'annoncer à mes copines du collège que je venais d'avoir un petit frère;on était fin octobre et cet hiver 1962 fut très froid;un matin,alors que le boulanger-épicier-droguiste klaxonnait pour annoncer son arrivée,je me suis précipitée pour aller acheter le pain,j'ai glissé sur la neige et je me suis foulée la cheville;mais à cette époque-là,il n'était pas question de radios aux urgences,on me mit un bandage imbibé de synthol,et je suis retournée à l'école le lendemain!
Quand Jean-Marie eut 15 mois,on partit vivre près de Dunkerque où papa avait trouvé du travail où il serait mieux payé. C'est à ce moment-là que je découvris la ville...
Mon père ne pouvant plus exercer son métier de mineur,il dut se résoudre à chercher un autre boulot;il trouva un emploi dans une fonderie,près de Calais,et nous avons dû quitter nos corons;papa avait de drôles d'idées ;comme il était né à la campagne,il voulut absolument trouver une petite maison à la campagne,et c'est comme ça que nous avons atterri dans un coin perdu,peuplé d'une vingtaine de maisons ,y compris les fermes;maman,qui avait toujours vécu à la ville,s'habituait très mal à sa nouvelle vie;nous étions 3 enfants à cet époque;ses journées étaient bien remplies,mais la communication lui manquait cruellement!Elle avait fait connaissance de notre voisine,une solide gaillarde qui élevait ses 15 enfants(l'aîné était à l'armée,et le dernier avait 3 ans);je me souviens qu'au moment des repas,cette brave femme devait faire 3 services!Heureusement,chacun était bien organisé;l'une des filles avait la charge du repassage,une autre faisait les vitres,2 autres se chargeaient de la lessive(il n'y avait pas de lave-linge!).
Mon école se trouvait au village voisin,distant de 3 km,et comme aucun bus ne passait, eh bien nous allions à l'école à pieds;l'hiver ce n'était pas drôle du tout! En plus dans la maison d'en face ils élevaient des oies,et j'étais obligée de ruser pour pouvoir passer,car ces bestioles prennaient un malin plaisir à me courser pour me pincer les mollets!!!
Nous sommes restés 2 ans au Val;papa trouva bientôt un autre travail dans la banlieu même de Calais,et nous avons de nouveau déménagé.......dans un autre village,plus grand celui-ci....il y avait 140 habitants!!
la vie dans les corons n'était pas saine;en effet,les mines environnantes crachaient une poussière de charbon qui se collait partout,sur les murs,les chemins,mais également dans nos poumons!
Comme beaucoup des enfants du coron,j'étais maigre et maladive;je n'avais pas d'appétit.
l'une de mes tantes proposa un jour de m'emmener avec elle en vacance dans le calaisis où « l'air me ferait le plus grand bien »,disait-elle;mes parents acceptèrent malgré que maman eut le coeur gros de devoir se séparer de moi pendant tout un été!
Il est vrai que le grand air me revigorait!des journées entières je gambadais dans les prairies avec mon cousin.Le lait de la ferme et les bonnes tartines de confiture préparées par ma tante commençaient à remplir mes joues;la ferme voisine constituait un perpétuel émerveillement :les juments et leurs poulains avaient ma faveur!seule ombre au tableau:une nuée de poules naines dirigées par leur coq, m'effrayaient au plus haut point,et je prenais garde de ne pas trop m'en approcher.
Un dimanche,papa et maman,accompagnés de mon petit frère,vinrent nous rendre visite ;j'étais tellement contente de les revoir!Aussi,au moment de leur départ,les larmes ont commencé à couler le long de mes joues;il leur a donc fallu m'embarquer pour rentrer à la maison!
Mais,ça ne fait rien,j'avais été quand même bien contente de ces 3 semaines dans la nature,et l'année suivante j'y suis retournée!
je me souviens très bien de mon grand-père!c'était un homme bon et affectueux;mes parents avaient loué une petite maison de corons depuis quelques années;devant la maison il y avait une grande pelouse(commune à tout le coron),où je pouvais jouer sans danger,car aucune voiture ne passait dans ce quartier!
Quand mon grand-père venait nous rendre visite,il s'approchait à pas de loup,derrière moi,et me cachant les yeux de sa main,il me murmurait: »qui c'est? »,et je répondais: »c'est pépé »,car à travers ses doigts écarquillés,j'avais reconnu le paquet de biscuits qu'il ne manquait pas de m'apporter à chacune de ses visites!!
ma fille m'a rapporté un jour cet épisode de notre existence dans cette maison: un dimanche où je m'apprêtais à cuisiner du lapin ,je lui demandai de prendre la petite hachette,afin de découper celui-ci;elle ouvrit le placard et "vit" cette scène:une femme recouverte à demi par un drap blanc ,était allongée sur une sorte de civière;près d'elle se tenait un homme ayant dans sa main une hachette;celui-ci portait des vêtements du Moyen-Age;depuis ce jour ma fille est répulsée à l'idée de tenir ce genre d'ustensile dans sa main...
en 1995,l'un de mes fils s'étant engagé dans l'armée,se retrouva en bosnie pendant la fameuse prise d'otages;j'étais très inquiète et la nuit je ne pouvais pas dormir,hantée par des cauchemards;une nuit j'eus soudain envie de me plonger dans l'astrologie;je n'y connaissais pratiquement rien,mais j'ai commencé à bûcher,et il fallait que je comprenne le mouvement de ces planètes,qui,j'en avais la sensation,avaient une influence sur notre vie;une nuit où je m'acharnais avec passion sur mes bouquins,j'eus soudain très soif;tout était calme dans l'appartement(nous avions en effet déménagé de notre villa);je commençais à me lever de ma chaise quand j'ai senti comme une main effleurer mes cheveux!!j'étais terrorisée,car je savais qu'il ne s'agissait pas d'une toile d'araignée!!
plus tard,une médium m'a dit que c'était mon guide qui m'aidait dans mes études...
de 1985 à 1994,nous avons vécu dans une maison (neuve),au coeur d'un petit village du sud de la france;l'emménagement a été long et pénible;il faisait froid(nous étions en décembre),et nous n'avions pas de chauffage,car l'électricien n'avait pas encore été payé par le constructeur(un escroc,entre nous soit dit!);le soir mon plus jeune fils ne voulait pas monter se coucher,et je me souviens,avec 12 ans de recul,de la petite phrase qu'il avait alors prononcée"maman,je ne me sens pas chez moi ici" on comprendra par la suite qu'il n'avait pas tout à fait tort;en effet,lui,ma fille et moi-même,ressentions certaines "choses",mais personne n'en parlait de peur de passer pour fou; je me souviens qu'un soir ,en rentrant du travail,une forte odeur d'anti-mouches m'avait sauté aux narines;les enfants m'avaient alors expliqué qu'un essaim de mouches s'était agglutiné contre la vitre,à l'intérieur de la maison;en plein hiver!!!il y avit aussi beaucoup de souris,nous étions les seuls à en avoir dans le lotissement! un autre soir,alors que je regardais la télé,allongée sur le canapé,j'ai nettement senti quelque chose me pincer les reins!!
c'est par une nuit glaciale de février que Petit Pierre nous a quittés;je n'oublierai jamais le cri déchirant de maman quand elle a découvert le petit corps sans vie;Pierre souffrait d'un cancer et aurait été handicapé sa vie durant;il n'avait que 6 mois mais je sais maintenant qu'il avait une autre mission à remplir;mais son vide est toujours là;j'avais 4 ans à l'époque,mais à cet âge-là aussi on peut souffrir...
mon père est décédé en 1996;bien sûr j'ai eu beaucoup de chagrin;nous habitions à l'époque,un appartement triste et vieillot;une nuit d'été,je me suis réveillée assoiffée;je me suis levée,sans allumer la lumière,pour ne réveiller personne,et je me suis dirigée vers la cuisine pour engloutir un grand verre d'eau fraîche;en allant me recoucher,je marchais les mains en avant pour me diriger,lorsque soudain ,mes doigts ont touché quelque chose de froid!ça ressemblait à du tissu de costume;c'était dur,et tout en hauteur;à un moment donné(très bref,je dois dire),j'ai même eu l'impression que "quelque chose" me frôlait!j'étais glacée d'horreur;rassemblant mon courage,je me suis dégagée et j'ai couru jusqu'à mon lit;autant dire que j'ai mis du temps à me rendormir,mon coeur battant la chamade!
avec le recul,je suis sûre que c'était mon PERE qui tentait d'entrer en communication avec moi,mais ,trop terrorisée,je n'ai pas su saisir l'occasion...c'est mon plus grand regret.
je suis née une nuit de novembre 1950 au coeur des corons du pas-de-calais;mon père était mineur de fond;dur métier que le sien! qui n'a jamais entendu parler du fameux coup de grisou?
ma naissance fut longue et laborieuse;j'étais,parait-il,un adorable bébé....pendant la journée ;mais,jusqu'à l'âge de 18 mois ,j'ai pleuré des nuits durant
seul mon grand-père,chez qui nous vivions,parvenait à m'endormir...son secret?il se levait en pans de chemise et me berçait en chantant "l'internationale" !c'était un communiste convaincu !